Jenny Paria, de son vrai nom Nzego Grâce Isaac Zegula Wande, est un rappeur, slameur, auteur, poète et parolier originaire de Goma, à l’est de la RDC. Ses premières scènes datent de 2013 à la Maison des Jeunes de Goma, suivies d’un retour marquant avec le collectif Goma Slam Session, aux côtés de Depaul Bakulu et Ben Nkamuntu.

Dans un contexte de crise sécuritaire persistante, il se définit comme « la voix de la colère et la raison d’un sourire« , finaliste des Prix Découvertes RFI 2025, et propage des ondes positives via des thèmes anti-système, panafricanistes, amoureux ou introspectifs.

Récemment interrogé sur l’origine de son nom d’artiste, Jenny Paria révèle un choix né d’un malentendu transformé en étendard.

« Au départ, ‘Paria’ est né d’un malentendu. On m’avait appris qu’un intouchable était au-dessus de tout… alors je l’ai porté comme une couronne sans savoir qu’elle était faite de poussière », confie-t-il.

Apprenant le sens historique d’exclusion, il l’adopte fièrement :

Parce qu’au fond, il racontait mieux que moi l’enfant que j’étais, et l’artiste que je devenais. 

Une enfance en marge

« Paria » transcende les origines indiennes pour devenir une sensation universelle, ancrée dans son parcours gomatracien.

C’est grandir un peu à côté, un peu en marge, dans un monde qui ne vous nomme pas toujours », explique-t-il, évoquant une enfance auprès d’une « mère courageuse, apprenant à faire de l’absence une présence

Ce n’est pas une étiquette culturelle, mais un écho partagé par ceux qui, comme lui à Goma, transforment l’exclusion en art.

Des noms testés, un choix libérateur

Avant « Jenny Paria« , il hésita : « Jenny » seul, ou « Jenny le Bad » pour coller aux attentes du rap musclé.

Mais ce n’était pas moi. Moi, je n’étais pas le plus fort, ni le plus bruyant.

Il opte pour

le nom qui tremble, le nom qui expose, le nom qui dit vrai 

une mue essentielle, alignée sur son évolution du slam au rap engagé.

Thèmes d’une rébellion douce

Son nom infuse ses œuvres : refus des masques, voix donnée à la fragilité, failles et silences.

« Je rappe pas pour dominer, je rappe pour dévoiler », dit-il.

C’est une « rébellion douce » qui dérange en invitant à l’authenticité, écho à ses textes critiques sur le racisme, l’émancipation noire et une société « esclave de la modernité » thèmes qu’il porte sur scène, comme lors de son show choc au Saana Week-end en mars 2026 au Foyer Culturel de Goma.

Accueil public et projets

Le nom intrigue et questionne : « Pourquoi Paria ? » Certains y voient douleur, d’autres force, ouvrant un dialogue vers sa musique. Preuve en est son EP imminent « Jibu », lancé en 2025, et ses collaborations comme « Acrasie » avec Bazir Say. À Goma, il électrise, du remix transgénérationnel de « Lisolo Ya Dego » à ses punchlines « Ayayaya Hou« .

Jenny Paria incarne le rap kivutien : sincère, utile, rebelle sans armure. Son « Paria » n’exclut pas ; il unit, dans une ville où la poésie défie les balles.